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« Juristes, soyez un peu artistes ! » (RLDC)

  • 1 juin
  • 3 min de lecture

Découvrez le dernier édito de Maître Pierre Noual pour la Revue Lamy Droit Civil.



Découvrez le dernier article de Maître Pierre Noual pour Le Journal des Arts relatif à l'état du droit applicable aux éco vandales


On raconte qu'en observant les ruines de Rotterdam après la guerre, le sculpteur Ossip Zadkine  – dont le musée est situé au 100 bis, rue d'Assas à Paris (Nom bien connu des juristes sans forcément savoir qu'il évoque le prince Louis d'Assas du Mercou, connu par sa mort héroïque à la bataille de Kloster Kampen en Westphalie le 15 octobre 1760) – a été frappé par le vide laissé par la destruction. De cette expérience, l'artiste a tiré l'un de ses chefs-d'œuvre La Ville détruite (1951-1953), sculpture d'une figure humaine au torse littéralement ouvert.


Cette œuvre n'est pas sans évoquer l'essence même de la mission du juriste puisque le droit n'est pas une matière pleine et figée. Il est traversé par les béances de la société, les vides laissés par les évolutions technologiques, les crises sanitaires ou les mutations sociales et familiales. « Faire son droit », c'est apprendre à ne pas avoir peur de ces zones d'ombre mais à les affronter avec lucidité et méthode. C'est comprendre que là où le texte se tait ou se brise, commence la responsabilité créatrice du juriste (En ce sens B. Beignier, F. Letellier, J. Mestre et A. Tani (dir.), Créativité notariale et doctorat en droit, le notariat est une profession résolument créative, LexisNexis, 2024. Voir dans ce numéro l'entretien avec Me Romain Hottevart (RLDC 2026, n° 248-20).


Entre ses mains, la matière n'est pas inerte et le juriste sculpte le droit pour l'adapter aux évolutions de la société. La rigidité n'est qu'une illusion d'optique dans le mesure où l'art agit comme un miroir tendu qui force à repenser sans cesse la norme, les fonctions et les finalités du droit, à l'image de la restitution des biens culturels évoquée dans ce numéro (Voir la note d'Hélène Villain (RLDC 2026, n° 248-15) et notre étude (RLDC 2026, no 248-19).


À dire vrai, le juriste est, par essence, un artiste : il doit donner forme à ce qui semble déstructuré pour rétablir une cohérence, une dignité et une direction. Comme un peintre devant sa toile, il assemble des concepts – parfois abstraits, souvent complexes – pour créer une structure qui doit faire sens. Là où le peintre dispose de pigments, le juriste use de mots. Chaque clause d'un contrat est une touche de couleur destinée à créer un équilibre entre des intérêts contradictoires. La rédaction d'une transaction est la recherche de l'harmonie dans le chaos des litiges. La déclamation d'une plaidoirie n'est rien d'autre que l'exécution d'une performance artistique.


Les artistes ont donc beaucoup à apporter aux juristes car, en tant que narrateurs visuels, leurs tableaux et autres sculptures dévoilent des choses qui dépassent l'image même : ils offrent une peinture de l'âme et des mœurs.Le doyen Carbonnier n'estimait-il pas que « de même que le roman le plus strictement littéraire peut charrier des paillettes juridiques, dans l'œuvre d'art, sous un sujet parfaitement étranger au droit [...], le juriste peut percevoir quelque chose qui s'adresse obscurément à lui » (J. Carbonnier, Sociologie juridique, PUF, 1978 (rééd. 2016), p. 182) ?


Il est donc temps que le juriste cesse de se voir comme le gardien d'un musée alors qu'il est un artiste dans l'atelier. Il est vrai que le juriste regarde le passé pour s'y rassurer tandis que l'artiste contemple le passé pour s'en inspirer et le dépasser. Ainsi, le juriste gagnerait à apprendre à lire et à interpréter les surfaces plastiques et graphiques. C'est de la créativité et de l'inspiration que naîtraient les meilleures narrations au service du droit afin de trouver la faille salvatrice, d'inventer le montage qui sécurisera un projet ou pour faire évoluer la jurisprudence par la force d'un argument jamais entendu.


Ce que le juriste appelle l'« ingénierie juridique », l'artiste la nomme « créativité ».


Retrouvez l’édito de Maître Pierre Noual publié dans le numéro de juin 2026 de la Revue Lamy Droit Civil.

 

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Dans le cadre de son activité dédiée au patrimoine culturel et artistique,

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